mercredi 26 février 2014

Scandales politico-financiers, fortunes des élites et pauvreté.


                            Ce n'est pas très original et tout le monde s'y est habitué, les Présidents à vie ou presque nous laissent aboyer, se disant que leurs caravanes rutilantes passent suffisamment loin de nous et que nous avons la mémoire courte, de toutes façons, et que la misère nous occupera bien assez.
Effectivement la misère prend les tripes et la tête, avec une chose qui tend à changer et qui est inespérée, la conscience politique qui s'éveille et qui a réussi à passer outre les niveaux d'instruction médiocres, quand les dernière générations trentenaires ou presque aujourd'hui « s'arment » d'un smartphone et s'activent sur les sites de micro-blogging.
De la Tunisie en passant par le Sénégal qui a même créé son propre « hashtag » -kebetu-, beaucoup de ténacité et de vigilance ont permis les veilles sur les grands événements politiques, tels que la chute de Ben Ali, ou les résultats des élections présidentielles Wade/Sall. Les formations aujourd'hui circulent sur le net sur les révolutions non violentes, pacifiques, qui portent en elles les espoirs des populations les plus réprimées. Les populations seront certainement de moins en moins isolées de ce qu'elles ne maîtrisent pas, pour être actives et réactives sur ce qu'elles maîtrisent.

Nombre de documentaires disponibles même sur le web, nombre d'articles ou de sujets en radio ont été réalisés et écrits à ces fins, informer le plus grand nombre des excès de nos dirigeants, et cela sous tous les cieux. En France, les réactions choquées des citoyens fusent quand Cahuzac se fait prendre dans le cyclone du scandale politico-financier, les affaires ELF ou celle de la disparitions des archives papiers de Claude Guéant sous Sarkozy démontrent que ces histoires cachées et inavouables font partie d'un art qui n'est pas seulement l'affaire des « biens mal acquis » des Africains presque centenaires et encore au pouvoir. Ce sujet est à nouveau en une ces jours-ci, quand les fusillés de Kiev font que le Président Vicktor Ianoukovitch déserte ses responsabilités, en laissant derrière lui la datcha comportant en elle-même une station service privée, un zoo, un lac et une sorte de Drakkar fier et droit sur le plan d'eau..

      


Qu'est-ce donc que cette insensibilité morale et éthique des divers chefs de partis, ou d'institutions, qui banalisent les fortunes pourtant décriées et mises au grand jour, d’états en crise, de populations à bout de nerf, réclamant le pain et le toit, qui banalisent surtout les actes inhumains envers les peuples.
Quelle honte, si ce n'est pas la première fois que l'on tire à balles réelles sur les hommes de la rue, de Madagasikara jusqu'en Ukraine, que les politiciens et les instigateurs spécialisés et passionnés en troubles constitutionnels s'acharnent sur les peaux dénudées et démunies des « contribuables » qui ne semblent aujourd'hui contribuer presque exclusivement à l'enrichissement personnel des plus hauts placés.
 
                                       
                                                         7 Février 2009 – Madagasikara / Antananarivo


Les populations les plus exposées aujourd'hui se révoltent pour le pain. Voilà bien une régression du Nord au Sud qui n'a pas toujours d'excuses, et nombreux pays en crise portent en eux des erreurs systèmes assez considérables. le monde tourne autour d'hommes qui prendront la pause autant avec Obama que Sarkozy même quand il se retrouvent au cœur de scandales financiers ou de mœurs inimaginables. L'Italie a Berlusconi, fondateur de Fininvest et propriétaire du groupe de communication Médiaset, qui était à la tête d'une fortune de 7,8 milliards de dollars en 2011, l'Espagne, qui subit de plein fouet la crise économique mondiale et la crise de la dette de la zone euro, va jusqu'à faire venir à la barre la famille Royale via l'infante Cristina, quand lui avait alors été reproché d'être concernée par des affaires de blanchiment d'argent et de fraude fiscale.
Il n'y a jamais eu autant d'argent entre les mains d'une infime partie de la population mondiale.

Jamais tant de sombres dossier n'avaient défrayé la chronique, tant l'écart s'est creusé entre les tenants de pouvoir et les populations. En effet plus les précarités se creusent, et plus ces sujets sont l'occasion de dénoncer les inégalités et les abus de tous ordres devant une moralité politique qui s'est fait la malle, et une éthique ignorée volontairement, un peu comme quand on trompe sa femme, on dit que la respecter c'est faire en sorte que cela ne se sache pas.
La Realpolitik a pris le dessus dans toutes les circonstances et s'est immiscée comme propice peu importe l'histoire et la culture politique. Dire qu'elle est nettement concentrée sur les pays dits « en voie de développement » est donc inexact.
Quand on dit du continent noir freiné qu'il ne s'en sortira pas puisque rongé par de médiocres réflexes politiques, on peut s'étonner de constater que sous les réalités reconnues des plus « démocratiques » l'animal politique reste le même, chercher les financements à la veille des campagnes électorales, monnayer de grands services ou effacer certaines mémoires devient facile peu importe le soleil qui éclaire les grands esprits. L'Afrique est d'ailleurs pour la chose fort courtisée, depuis que tous les prétendants au pouvoir d'Occident et d'ailleurs venaient s'impatienter à la porte de tant de chefs d’état du continent mère pour attirer compassion financière et soutien face aux besoins de bois-sans-soifs ayant ambition politique plus grande que désir d'élever les masses asservies. Et là la vérité nous révèle que des pays dont les habitants vivent dans une précarité extrême et qui n'ont rien pour eux ont des gouvernants/gouvernements qui financent les élections des présidentiables de pays d'Occident !


 
Grâce aux médias, au web, à la capacité d'expression individuelle modifiée, aujourd'hui de plus en plus d'informations pertinentes et vérifiées sont portées à la connaissance des internautes, des lecteurs et autres téléspectateurs, toujours mieux ébahis par les chiffres étourdissants devant un Poutine détenant plus de 40 milliards de dollars (2011), ou un Kadhafi qui lui tiendra tête avec plus de 120 milliards de dollars selon le centre de recherche CERNAM.
Les grands exemples de puissances laissent rêveurs les tous petits lecteurs, quand on lit que la dette publique des États-Unis dépasse son plafond et atteint 17027 milliards de dollars et que les personnalités qui gèrent ces grands ensembles sont issues d'écoles prestigieuses depuis la nuit des temps et ont eux-mêmes fortunes personnelles plus que conséquentes. Le maire de New York par exemple est le 13ème américain le plus riche avec une fortune personnelle de 18,1 milliards de dollars en étant également à la tête de Bloomberg L.P qui vaut aujourd'hui 23 milliards de dollars.
Là n'est pas de dire que ces hautes personnalités au pouvoir ont une fortune détournée pour tous de l’État pour lequel ils œuvrent, mais de dire que certainement certaines postures et réseaux servent ces intérêts. Évidemment souvent avant les mandatures, ces hommes avaient déjà belle fortune, et ont su développer stratégiquement leurs affaires également sur appui de postes clés, qui forcent aux conjonctures favorables et favorisées.

le pot de terre contre le pot de fer : Comment doit se positionner aujourd'hui le petit entrepreneur ou l'artisan qui s'installe à son compte, ou celui qui trime sous le soleil brûlant, les bras chargés de chargeurs téléphoniques, boîtes de mouchoirs empilées, et autres brosses à dent pour 3000 FCFA en fin de journée, comment peuvent se positionner les ouvriers qui voient leurs usines fermer devant la décentralisation massive d'immenses groupes bénéficiaires qui doivent honorer les actionnaires et la concurrence du marché de la production avant la protection de l'emploi des pays dont ils sont pourtant issus, comment comprendre qu'il vaut mieux exploiter des hommes et des femmes à 100 euros le mois au lieu d'imposer la décence et de payer les gens en fonction d'une règle de respect mutuel et de désir d'élévation pour l'autre?
Comment expliquer aujourd'hui que les tenants du pouvoir ne créent pas chez eux les hôpitaux qu'ils vont chercher à l'étranger pour eux-mêmes, les écoles supérieures dans lesquelles ils mettent leurs petits dès que l'âge est acquis, comment expliquer qu'ils trouvent le sommeil quand les populations s'entassent entourées d'immondices, sans pouvoir faire face à al maladie, à la violence, au vol, au viol, dans ces familles il n'y a ni début de mois ni fin de mois, chaque jour est une fin de mois...


Le pire reste encore à être découvert sur le mélange affaires-politique, quand Serge Dassault depuis la France montre avec brio comment quand on a la fortune et le pouvoir, on achète des voix lors des élections municipales à Corbeille-Essonne, le même Dassault qui donnait tout pour défendre son immunité parlementaire il y a peu, et qui avait rassemblé autour de lui les atouts nécessaires jusqu'à là. Satanée immunité... Acheter des voix ou même les inventer n'était pas nouveau, les emplois fictifs, ou les électeurs fantômes, affaire Elf ou autre, les exemples ne manquent pas pour dire que les cols blancs ou les politiciens, quand ils exercent leurs ambitions, ils le font avec l'accord tacite de leur sphère proche et élargie, et savent que leur pouvoir éteindra toute tentative de nuisance malvenue.

Le vieux Continent noir est en ligne de mire, et c'est bien là la Terre de certains des plus grands conflits de ce monde, quand la guerre, la famine, la précarité, ont de grandes affinités avec le train de vie insolent des Présidents, de leurs descendants et proches des nébuleuses. Là s'opposent catégoriquement d'une part, développement local des infrastructures, qualité et niveau de la vie des habitants, créations d'emplois, respect des droits de l'homme, respect des institutions,... et d'autres part, luxure et croissance exponentielle des moyens financiers d'une poignée d'hommes qui détiennent les responsabilités d'épanouir les pays et les hommes, faisant fi de la redistribution des richesses aux populations, et des équilibres à maintenir là où souvent l’oppression prend lieu et place de toute contestation mineure ou plus importante.
Les structures politiques sont centralisées autour d'un parti unique, et si le mirage du multipartisme venait à poindre, cela serait dans la seule condition que le parti unique garde la main mise sur le pouvoir, quitte souvent à organiser soi même l'opposition, pour maîtriser les tenants et les aboutissants, simuler une diversité d'opinion et de partis, et installer les populations un temps crédules, dans une illusion de Démocratie. N'est pas rare de voir que le moindre parti issu de la force politique la plus imposée et en lien avec les chefs d'Etat porte en lui le mot « Démocratie. », et se trouver être l'acteur majeur de marasmes économiques et sociaux.

Le Continent Africain et les zones ralliées portent en eux une insolente richesse, en ayant comme seul grande faiblesse fatale de ne pas exploiter elles mêmes es richesses, et de dépendre trop sur ces questions, des autres qui ont marqué l'histoire passée ou les contrats d'aujourd'hui immuables. Si l'Afrique se mettait à gérer ses ressources avec intelligence, créativité et implication, elle dépasserait même les fameux « objectifs du millénaire ».

Inconcevable donc de voir qu'aujourd'hui certains pays fort subventionnés ne sont pas pourvus en électricité ou en eau potable et courante de façon satisfaisante, offrant aux habitants une pénibilité et une précarité qui vont directement à l'encontre du développement.

La question des richesses et incontournable, et tous les cas méritent à être évoqués, la Namibie, l'Afrique du Sud, le Niger, ou encore l'Algérie ont l'uranium pour que seulement six pays d'Afrique qui détiennent des réacteurs nucléaires, l'exemple de ce qui est démontré sera définitivement la pénurie de carburant au Nigeria en 2007, quand l’inefficacité des raffineries locales, matériel défectueux, rétention des stocks et approvisionnement inadéquat ont pu entraîner des pénuries dans le pays plus gros producteur de pétrole d'Afrique.

« La gestion rentière de l'économie caractérise la manière dont les élites politiques et économiques des pays du Tiers-mondes en général et notamment des pays africains subsahariens conduisent les affaires dans leurs pays respectifs. Le pacte colonial accepté et pratiqué par les premiers Chefs d'Etats africains de ces pays dits indépendants, les scandales économiques et financiers liés au bradage des ressources minières, le gaspillage public, la gabegie et la corruption des hommes au pouvoir sans vision d'avenir pour leurs compatriotes et pour eux-mêmes, l'absence de gestion rationnelle de l'économie, l'extrême penchant à l'égoïsme des cadres intellectuels et le réel manque de volonté politique des gouvernants pour promouvoir la production et mettre en place une redistribution des fruits du travail sont successivement évoqués dans leurs manifestations diverses mettant toujours à nu la connivence des élites au pouvoir dans leur tragique avènement.

Du Libéria à la République du Centrafrique, et au Mozambique, passant par la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Nigéria, le Tchad, les deux Congo, l'Angola ; du Bénin au Mali, en Guinée, au Niger etc. les pratiques aboutissent au même résultat d'appauvrissement à l'extrême de la population par une junte d'intellectuels aux affaires. Ce ne sont pas les peuples qui manquent de courage et de volonté de changement insiste Bamony. Mais l'échec de ces pays dans la voie du développement à l'Occidental, tient essentiellement à la faiblesse de leurs élites. Mais comment des sociétés aux traditions hospitalières et solidaires réputées peuvent-elles secréter des élites politiques qui font preuve d'un égocentrisme sans comparaison, en livrant leur peuple à la mort certaine ? »

Extrait de Pierre Bamony, Pourquoi l'Afrique si riche est pourtant si pauvre ?, Le Manuscrit, coll. « Essais et Documents », 2010



Erika Cologon Hajaji

mardi 11 février 2014

Madagascar : 1947 & Colonisation



Jean-Luc Raharimanana: Du point de vue français, évidemment, ce lieu d’oubli est possible par l’entretien du silence, autant politique qu’universitaire. Il faut aussi une volonté politique pour que les universitaires s’y lancent réellement. De plus en plus d’historiens s’y lancent bien sûr, mais souvent au risque de voir leurs carrières freinées, une reconnaissance politique de cette question légitimerait les recherches des historiens, permettrait une approche beaucoup plus apaisée de la part aussi des professeurs du secondaire.
Mais en lieu et place de cela, nous voyons poindre cette tentative politique et idéologique d’enseigner aux élèves “le rôle positif de la colonisation”, et cerise sur le gâteau, l’institutionnalisation de cette idéologie, la création du ministère de “l’identité nationale et de l’immigration”, qui pour moi est un déni évident de l’histoire de France.

La difficulté de parler de cette mémoire, ce sont les réactions violentes qui s’ensuivent : être qualifié de communautariste, de porteur de haine contre la France, voire contre l’Occident, quand il s’agit juste de revisiter des pans de l’histoire, une histoire de colonisation, de domination. Il n’y a aucune ambiguïté : sur cette période, la France a été colonisatrice, tout comme d’autres pays européens, elle a dominé par les armes, par la répression, et j’évacue le mot pacification, par la violence, par la guerre.

Le projet colonial a été un projet européen parfaitement conscient –il suffit de se rappeler la conférence de Berlin pour le partage de l’Afrique, il s’agissait de bâtir des empires aux détriments des populations qui y habitaient. Qu’il y eut infrastructures laissées ou pas, c’est le canon sur la tempe que les colonisés ont construit les voies ferrées, ce sont des morts qui ont servi de fondations aux grands travaux, des travaux forcés qui ont servi de salaires. Il faudrait effectivement faire le bilan un de ces jours, ces grands-travaux ont-ils été réellement réalisés pour le bénéfice des colonisés, n’est-ce pas après les indépendances que les constructions des hôpitaux et autres écoles ont pris réellement leurs essors ?

Pour le cas de Madagascar, je rappelle juste que l’université a été créée après l’indépendance, les élèves indigènes n’avaient tout simplement pas le droit de passer le Baccalauréat, il fallait être citoyen français pour le passer… Les exemples sont nombreux mais ce n’est pas l’objet de cet entretien. L’autre difficulté est toujours de trouver l’endroit commun pour échanger. Les universitaires des pays anciennement colonisés n’ont pas beaucoup de possibilité d’être entendus en France.
Du coup, c’est aux écrivains qu’il échoit de prendre en charge cette mémoire, mais l’endroit d’où part la parole n’est pas le même. Les écrivains sont sur le terrain de la littérature, les historiens sur le terrain de la “science”. D’un côté, une parole supposée “subjective”, de l’autre une parole supposée “objective”, des auteurs abordant l’histoire par la fiction, des universitaires travaillant sur le “réel”. Personnellement, j’ai dû faire des concessions lorsqu’il s’agissait de commenter mes œuvres.

Si l’histoire est présente évidemment, ce n’est pas le sujet principal de mes livres. Dans Nour, 1947 par exemple, le sujet principal est le rapport d’un homme avec sa terre, quand les événements ont fait que son amour a été tué, c’est la question de la création de l’identité, d’un fils qui refuse d’avoir été créé, ni par sa mère, ni par son père, ni par l’homme, ni par dieu… Mais les critiques ou les analyses portent invariablement sur 47, sur l’histoire, la colonisation… J’ai dû prendre à chaque fois des accents d’historien car malgré tout, ce qui plane au dessus des paroles venues du Sud, c’est la question coloniale qui n’a pas été réglée.

Alors, je ne parlerais pas de lieu d’oubli, mais de lieu de silence, y mettre des mots, c’est forcément faire face à la monstruosité, on le devine, on le sent, on le sait, les diverses tentatives de négation ou de déni ne sont que dérobades face à l’inacceptable.

C’est une des raisons qui expliquent la forme de mon livre Madagascar, 1947, entre voix, essai et document, une voix absolument personnelle qui veut s’extraire du silence, une argumentation sur la nécessité de la mémoire et un document pour présenter des faits. C’est ainsi que naturellement, le livre est devenu une pièce de théâtre, c’est ainsi également que la pièce est avant tout le rétablissement de la voix des insurgés de 1947, un hommage aux morts, pour les sortir de l’oubli, du silence. Ce n’est pas une pièce polémique destinée à culpabiliser ou à dénoncer, c’est d’abord reprendre mots et reconnaître la souffrance issue de ce conflit.

C’est difficile après d’analyser la réaction des gens. À la fin de la pièce, il y a toujours eu un long, très long silence du public. Les débats n’étaient pas possibles en sortant de la pièce. Le public encaissait. Ce n’est qu’après que j’ai reçu des réactions, par des lettres, des entretiens. Ce que j’ai constaté, c’est que la jeunesse française est avide de savoir, que le débat est plus serein avec elle. C’est la loi de la mémoire, la troisième génération est plus apte à laisser de côté les animosités mémorielles. Mon avis est qu’actuellement en France, il y a une résurgence de la pensée coloniale, mais je continue à penser que ce n’est que le soubresaut d’une pensée qui ne pourra pas éternellement nier l’évidence : la colonisation fut une de ces monstruosités, que l’histoire sait dispenser à l’humanité ou plutôt que l’humanité sait réserver à l’histoire.

Mais on est face aussi à la question du choix du présent, quel présent vivre ? Et lorsqu’on sait que ce présent est le résultat d’un passé monstrueux, comment s’en accommoder ? En reconnaissant les crimes ou en les oubliant ? Toute société est face à ce dilemme. Les autorités malgaches ne veulent pas parler de 1947 car cela mettraient à mal leurs propres postures (beaucoup ont dû leurs richesses et pouvoirs du fait de leurs collaborations pendant et après la colonisation), cela ouvrirait également les yeux aux malgaches sur leur histoire, sur leur pauvreté actuelle, c’est un sujet très sensible dans le contexte actuel, comment l’ancien colonisateur continue à falsifier l’histoire et comment nos dirigeants continuent à leur servir de boys. Il était tout à fait logique que la pièce ait été censurée par le ministère français des affaires étrangères.

La censure fut politique et non culturelle, car dans les milieux culturels, la pièce a fait quand même son bonhomme de chemin. Bien sûr, la pièce aurait pu avoir une vie plus longue mais je crois qu’elle aura laissé quand même une empreinte significative. Je préfère ainsi oublier les dénis et me consacrer à ce que j’ai à faire, sortir du silence, donner visages aux morts, basculer le débat sur des récits de vie et ne pas me contenter des polémiques idéologiques ou politiques. C’est ainsi qu’après la censure, j’ai choisi de répondre par l’expo-photo avec le photographe Pierrot Men : “47, Portraits d’insurgés”.

Je n’oublie pas de préciser que c’est la Région Ile-de-France qui a financé l’exposition, et que c’est le Festival d’Avignon qui l’a accueillie. C’est dire que la société française se sent concernée par cette histoire. La même exposition sera reprise par la Faculté de Nanterre du 14 mars au 8 avril, avec l’organisation de débats, de projections, de films, de visites pour les lycéens. Finalement, ce qui sera plus difficile, c’est de libérer la parole des Malgaches, autant en France qu’à Madagascar.

L’histoire est trop sensible encore pour nous, et a une incidence si immédiate sur nos vies que ce n’est pas très prudent de l’aborder de front. Pourtant, faire comme si elle n’existe pas, c’est perpétuer la situation actuelle, de domination et d’exploitation de nos ignorances. La connaissance de l’histoire amène au scandale, et gérer la colère n’est pas chose facile. Je fais attention dans mon travail à montrer que réfléchir sur l’histoire, c’est nécessairement faire face à l’inacceptable, que la colère ou la haine ne pourront jamais aider à bien voir, et la leçon que j’ai reçue, c’est que les témoins qui ont accepté de parler sont ceux qui ont réglé ce conflit intérieur : regarder leurs bourreaux en face et leur dire qu’ils n’ont pas de haine, car la haine est une autre victoire du bourreau, une manière de maudire à jamais la victime dans la souffrance infligée.

Transmettre cette parole est vitale pour ne pas reproduire les choses, pour que ce ne soit pas à ceux qui sont dans la haine de décider de notre présent.
Extrait de l'Entretien entre JL Raharimanana & Olivier Favier
http://dormirajamais.org/madagascar/

vendredi 7 février 2014

Madagasikara & Politique : Doyen Charles Cadoux

           Je crois que Madagascar a déjà eu une expérience assez riche et même intéressante, et je me permettrai, très rapidement pour bien situer le problème actuel, d’évoquer deux expériences: la première remonte à 1972-1975 et la seconde, celle qui a commencé en 1991 et qui est en train de se poursuivre. En ce qui concerne la période transitoire de 1972-1975. commencée sous la direction du Général Ramanantsoa, du gouvernement Ramanantsoa, je rappellerai que ce régime transitoire malgache, donc le premier régime transitoire malgache contemporain, a été organisé à la suite d’un référendum par la Loi constitutionnelle référendaire du 7 novembre 1972.

Dans cette Loi constitutionnelle provisoire, qui était la charte pour la période, on relevait notamment le point suivant: la durée maximum de la période provisoire est 5 ans. On s’était donnée donc jusqu’en 1977 au maximum pour, disons, construire un nouveau régime. Bien entendu on avait allégé considérablement les institutions. L’Assemblée Nationale de l’époque avait été supprimée, le pouvoir politique avait été essentiellement concentré dans le gouvernement dirigé pendant 28 mois par le Général Ramanantsoa: un gouvernement qui, par stratégie, se voulait un gouvernement apolitique», c’est-à-dire en dehors des jeux des partis qui, eux, restaient libres.


Il y a eu les drames et les troubles que vous connaissez. L’aboutissement de ce régime transitoire a été l’adoption de la Constitution de la RDM du 31 décembre 1975. Mais je me permets de dire, quelles que soient les idées de chacun, que cet aboutissement était en totale contradiction avec la loi provisoire de 1972. L’article 2 de cette loi prévoyait que la deuxième République malgache serait une République libérale avec la séparation des pouvoirs etc. mais que ce serait une République rénovée». L’idée à l’époque, lorsqu’on a soumis ce référendum au peuple malgache en Octobre 1972, était en somme de proposer aux Malgaches: on se donne cinq ans, on concentre le pouvoir en le confiant essentiellement au Général Ramanantsoa pour faire les réformes appropriées et, au bout de cinq ans, on repartira sur une nouvelle République, et qui sera toujours une démocratie de type libéral.


A l’occasion relisez l’article 2 de cette Loi Constitutionnelle provisoire adoptée par référendum... dont l’aboutissement est en totale contradiction avec la lettre et l’esprit qui inspiraient ce régime transitoire. C’est peut-être un point d’histoire qu’il n’est pas inutile de rappeler, à Madagascar, au moment où ça transite encore..
.La deuxième expérience c’est celle qui est en train de se dérouler et qui a commencé essentiellement en Mai-Juin 1991. A l’étranger, on ne comprend pas très bien ce qui se passe à Madagascar; on n’est pas tellement informé, et la presse n’a pas fait beaucoup échos mais on a l’impression que la transition se déroule dans des conditions assez particulières par rapport à ce qui se passe ailleurs. Pour ma part je relèverai quatre traits originaux par rapport à la moyenne d’ensemble évoquée par M. Leymarie pour l’Afrique et dans le monde.

Manifestement, au moins jusqu’ici, cette expérience transitoire se déroule dans un cadre relativement non violent, mis à part, si j’ose dire, la tuerie de Iavoloha en août 1991. Quand on voit ce qui se passe ailleurs, je crois que les Malgaches ont la chance et le talent de faire ce changement dans une relative non-violence. Autres traits - celui qui a surpris beaucoup à l’étranger, dans certains pays asiatiques notamment - c’est comment un Etat peut se permettre de faire la grève et la paralysie politique presque totale pendant plus de sept mois sans que rien ne s’écroule définitivement. Une aussi longue paralysie gouvernementale est je crois exceptionnel dans l’Histoire des peuples contemporains, sauf à ne pas arriver justement au déraillement total...

Troisième trait original qui découle du précédent, c’est qu’il y a eu aussi cohabitation, j’allais dire coexistence pacifique» de deux gouvernements provisoires parallèles, disons compétitifs, l’un se réclamant de la légalité, le premier gouvernement de Guy Razanamasy désigné par le Président, et l’autre revendiquant pour soi la légitimité, le gouvernement issu des Forces Vives Rasalama et autres, Installé sur la place du 13 Mai à Antananarivo. Cela a duré quand même à peu près trois mois, avec des chassées croisées, quelques expériences un peu burlesques parfois, et sans que le pays dérape véritablement dans l’anarchie. Cela me semble assez exceptionnel! J’ai essayé de faire le compte puisque M. Leymarie de donner un bilan général des régimes actuels de transition, je n’ai pas trouvé personnellement, d’exemples contemporains où un Etat, comme Madagascar, ait pu se permettre d’avoir deux gouvernements concurrents, l’un dans la rue, l’autre disons dans les offices, et procédant à des échanges pacifiques et officieux.
Enfin le quatrième trait, peut-être le plus important, c’est la présence permanente, l’inspiration, la médiation des Eglises chrétiennes et le rôle du FFKM Conseil œcuménique des Eglises chrétiennes à Madagascar). Je me permets de rappeler que c’est depuis le début des années 80 surtout que le FFKM commençait à intervenir et que c’est au Congrès d’Antsirabe en 1982 que le FFKM a pris les premières motions les plus percutantes pour critiquer le régime idéologique, politique et social de la RDM.

Tout ceci montre que Madagascar maintient envers et contre tout une certaine originalité, et même une originalité certaine, parmi les pays qui traversent des crises politiques du même type. Ces deux premières réflexions d’ordre général devraient nuancer ce que je vais dire maintenant de façon peut-être trop brutale sur la situation actuelle.
Troisième réflexion: c’est l’organisation fonctionnelle de la transition. Quand on essaie d’organiser une transition démocratique, Il y a deux données de base qui sont à respecter. D’une part c’est le recours aux textes juridiques. (Petites parenthèses; on ne fait jamais autant de droits qu’en période de crise; quand on est en bonne santé on ne pense pas au docteur mais quand on est en mauvaise santé on pense au toubib. C’est à peu près la même chose en politique: quand le pays marche bien, le droit semble une affaire de spécialistes ou d’originaux un peu coupés du réel; mais lorsque ça ne marche plus, tout le monde se raccroche au droit et tous les débats politiques tournent autour de questions juridiques. J’ai ici un paquet de documents de et sur Madagascar. de presse et autres, et ce n’est que discussions juridiques, pour savoir qui a tort ou qui a raison.) Donc retour nécessaire aux textes juridiques en souhaitant qu’ils soient aussi clairs et transparents que possible. D’autres parts, et c’est la deuxième donnée de base pour un régime qui se réclame de l’Etat de Droit - c’est la formule à la mode mais sérieuse en plus même si elle devient un peu la tarte à la crème à travers le monde - un «Etat de Droit» suppose d’abord et avant tout une base juridique, une base constitutionnelle claire, et par conséquent une hiérarchie des textes.
Il faut savoir, de la base au sommet, de la pyramide des textes juridiques, quels sont ceux qui s’imposent aux autres. Ce qui suppose une sanction systématique des violations de cette hiérarchie, et donc l’existence de juges compétents et honnêtes pour essayer de sanctionner les erreurs. Sinon ce n’es pas la peine de se réclamer de l’Etat de Droit, sauf à lancer la formule pour être à la mode du temps...
Cela étant, si l’on se demande ce samedi 29 février 1992, ce qu’il en sera du prochain 29 février c’est-à-dire dans 4 ans, j’aimerais bien savoir si on pourrait organiser une conférence ici sur le thème de l’Etat de Droit à Madagascar. Est-ce que ça aurait été le succès ou l’échec? On peut prendre les paris.

De ce point de vue, je dirais que d’après mon analyse, un peu bornée sans doute et trop puriste, la situation de transition à Madagascar n’es pas très claire. C’est le moins qu’on puisse dire. Elle devient même de plus en plus chaotique et, à un mois du Forum National, cela m’inquiète un peu pour les aboutissements. Tout d’abord, avant de poser quelques questions ou autres suggestions, je vais faire l’état juridique des lieux. Essayons de voir très rapidement et chronologiquement quels sont les textes de droits fondamentaux qui sont, au moment où je parle, en vigueur officiellement à Madagascar, en cette période de transition. Ma réponse est à peu près incertaine d’autant plus qu’il y a un texte que je n’ai pas pu encore me procurer et que je ne connais qu’à travers la presse malgache. Mais enfin, il y en a quatre ou cinq dans l’ordre:
 
- Premièrement il y a toujours la Constitution de 1975 telle qu’elle a été rédigée en janvier 1990 (dont quelques articles supprimant le Front National pour la Défense de la Révolution (FNDR) et Introduisant le multipartisme). Cette Constitution, mise à part cette révision portant sur un point précis, reste entièrement en vigueur et je rappelle que la Constitution de 1975 prévoit que sont en vigueur à titre de Lois ordinaires toutes les dispositions non contraires de la Constitution de 1959 (Première République). Vous avez donc là un ‘bon paquet’ de droit Constitutionnel toujours en vigueur aujourd’hui. Ajoutons à ceci, parce qu’on en a parlé, qu’à côté de la Constitution de 1975 existe toujours, sauf erreur de ma part, la Charte de la Révolution Socialiste. Officiellement le ‘Boky Mena’ est le texte supra-constitutionnel auquel la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) a plusieurs fois renvoyé pour justifier telle ou telle décision.. .Un juriste n’a pas le droit de dire aujourd’hui que le ‘Boky Mena’ a disparu, il est tombé peut-être en désuétude mais en tant que document idéologique Il existe toujours parce que lié à la RDM... qui existe toujours en ce 29 février 1992.
En second lieu, chronologiquement, vous avez une abondance de projets ou propositions  de révision de constitution ou de changement de constitution, l’année 1991 ayant  été l’occasion de plusieurs propositions. J’en retiens trois ou quatre parmi  les plus significatifs. Il y a eu tout d’abord en Octobre 1989 le pro et de  Nouvelle Constitution établi par le MFM (militant pour le progrès de Madagascar) et  que le Président de la République a refusé. Là, il ne s’agissait non pas de  modifier la constitution de la RDM mais bien de changer totalement de constitution.  Ensuite, dans cette foulée et sans doute un peu sous cette pression, le pouvoir en place  a lui même rédigé un projet de révision de la Constitution de 1975 qui a abouti à des  débats qui ont mal commencé à partir du 31 mai 1991 à l’Assemblée Nationale  Populaire (ANP). Ce qui fait que ce projet gouvernemental de révision, qui avait été  concocté avec soin pendant plusieurs mois, na pas pu entrer en vigueur puisque c’est  la rue qui a pris la relève en juin 1991 par des manifestations de protestation contre le  régime.

Dans ce projet de révision (que j ‘ai Ici). le pouvoir proposait la  suppression d’une douzaine d’articles et la modification de 70 autres environ;  donc en gros, sur les 118 articles de la Constitution actuelle, il y en avait 80 qui  étaient modifiés; et pour l’essentiel rien n’était fondamentalement changé,  ni les liens avec la Charte de la Révolution, ni surtout les Institutions, le rôle du  Président, etc...Parallèlement, il y a eu, au cours de l’année 1990, les deux  premières Concertations Nationales en vue d’un Forum National. Et en ce moment-ci  circulent plusieurs projets de constitution, celui des Forces Vives Rasalama et autres  mouvements politiques. Tout ceci montre que l’activité Juridique, pour tenter de  retrouver une nouvelle constitution adaptée à la société mal g ache contemporaine, a  été et est extrêmement grande. D’un côté Il y a les partisans de la simple  adaptation du régime, une RDM modifiée, c’est la position gouvernementale. Ou bien  on change totalement de régime mais à charge de trouver la bonne solution et surtout le  consensus nécessaire.
 
- Troisième étape ‘constitutionnelle» chronologique, c’est la fameuse convention du 31 octobre 1991, dite Convention du Panorama, parce que signée à l’hôtel Panorama d’Antananarivo entre les principaux leaders des Forces Vives et une délégation du Mouvement Militant pour le Socialisme Malgache (MMSM), représentant le Président, Cette convention du 31 octobre 1991 crée la nouvelle et fameuse Haute Autorité de l’Etat (HAE); elle annonce que la période transitoire sera au maximum de 18 mois à compter de la signature de la convention. (Quand on compte sur ses doigts, 31 octobre 1991 cela mène Jusqu’à avril 1993; donc, d’après cette convention, la période transitoire malgache s’achèvera en avril 1993 date de naissance ultime de la 111e République). Mais le temps passe vite. Pourra-t-on tenir le calendrier...
Enfin un autre problème important à évoquer dans un Etat de Droit, c’est le problème du fonctionnement de la Justice. C’est vrai dans tous les pays, je crois que c’est très vrai à Madagascar, tout le monde le sait et le sent à commencer par les magistrats eux-mêmes. Il y a toute une Justice à reconstruire totalement à Madagascar. Je le dis d’une façon claire et nette, je crois que le mal est extrêmement profond et ce n’est pas la peine de parler beaucoup d’Etat de Droit si on n’arrive pas d’une façon ou d’une autre à remonter la pente ; là-dedans s’inscrit, bien entendu l’organisation aussi court que possible des prochaines élections. Il y a toujours des dérapages dans les élections, mais une élection démocratique est celle qui se fait d ans la clarté la plus grande et celle qui permet au juge électoral de sanctionner effectivement les fautes qui sont prouvées.
Je terminerai ce rapide exposé sur un mot qui me parait, dans cette période de transition, résumer un peu le souci général à la fois des acteurs politiques et des citoyens malgaches. Je fais une petite comparaison en revenant à la première période transitoire 1972-1975. Il y avait un mot clé qui voulait Inspirer la logique et l’éthique de cette période, c’était celui de la rénovation de la société malgache. Ce thème de la Rénovation de la société mal g ache était au centre du débat politique et des discours tous azimuts, et le résultat fut le thème de la révolution.
Le mot qui me parait aujourd’hui le plus porteur, d’après ce que Je lis, d’après ce que J’attends dans les discours, dans les propos, dans les motions du FFKM etc. . et même à l’occasion de certains projets de texte, c’est le mot «moralisation». Il faut que la future lue République malgache revienne à une effective moralisation. Comme je suis un peu curieux, je dis moralisation: de qui ou/et de quoi? Par qui ou/et par quoi? Si on fait une IIIe République sans donner une attention tant soit peu sérieuse à des idées aussi générales. Je crois qu’on risque encore d’aller devant des lendemains qui ne seront pas des lendemains qui chantent. A Madagascar le mot fédéralisme apparaît aujourd’hui comme un mot ‘diviseur», et certaines instances politiques jouent dangereusement avec ce mot. Voilà ces quelques réflexions sur cette période transitoire qui me parait bien ambiguë.
 
Nota Bene: J’ajoute (c’est un extrait de Midi Madagascar du 22/2/92) un bref commentaire sur une décision de la HAE. La HCC vient de déclarer inconstitutionnel le statut de la HAE et demande la suspension de la dite ordonnance. Si j’étais le P. Zafy. Je me dirais: «Est-ce que j’existe encore?» En effet, dans le commentaire du journaliste, on Ht ceci: Selon la logique développée par la HCC . La RDM existe et ne peut être remplacée par un état de bon vouloir qui constitue un crime contre la loi; pour la HCC la Constitution de 1975 est toujours en vigueur sauf coup d’Etat; par ailleurs, selon elle, la convention du 31 Octobre 1991 est un simple contrat régi par la théorie générale des obligations et aucun des signataires. Hormis le Premier Ministre ne peut prétendre à la qualité juridique de sujet de droit public. C’est le retour à la case départ? Comment s'y retrouver dans ces institutions de transition? (Remarque: il s’agit ici de la HCC ancienne version - 7 membres - la nouvelle n’a pas été encore instituée car le Professeur Albert Zafy n’a pas encore désigné les membres dont la nomination lui revient).
Questions:
 
 Est-ce que le juridisme peut pallier le manque d’idéologie. A défaut de consensus idéologique va t-on chercher un consensus juridique?
On parle de démocratisation et de moralisation, est ce que le terreau de cette moralisation existe alors que tout repose déjà sur le flou? Au lieu d’appeler, il faut démontrer, la balle est dans le camp des gens au pouvoir.

De toute façon, à partir du moment où on veut construire un nouveau régime politique, il faut lui donner une base juridique. Vous n’en sortez pas! Que vous soyez léniniste ou anti-léniniste Il faudra faire un texte juridique appelé constitution, charte, ou autre. Il y a ce besoin minimum de juridisme; alors ou bien ce texte juridique c’est du juridisme au sens péjoratif du terme, c’est à dire se sont des règles de droit qui n’embarrassent personne qui vont être un peu la carapace de la société civile, sans qu’à l’intérieur de la société civile il y ait de valeurs républicaines ou autre. Le juriste n’y peut rien, il ne faut pas demander au juriste ce qu’il ne peut pas fournir. En revanche, c’est aux acteurs politiques, à. ceux qui envisagent d’exercer le pouvoir, d’apporter avec eux leurs valeurs et de le démontrer. Si vous estimez qu’il n’y a aucun terreau à Madagascar pour ce genre de travail politique, je pense que vous ne croyez pas trop à la possibilité de transition démocratique.
 
Que pouvez-vous dire sur les contre-pouvoirs et la «démocratie participative»?
 
Le meilleur contre-pouvoir c’est de donner aux gens la faculté de s’exprimer librement sans multiplier des institutions.
 
La démocratie libérale repose par nature sur le principe des participants puisqu’elle se définit comme gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple». Aussi l’expression de démocratie participative» n’est qu’une façon d’insister sur les exigences du régime démocratique, ce aussi sur ses difficultés. C’est insister sur les techniques de participations, individuelles et collectives - qu’une bonne Constitution doit indiquer - qui devront permettre au(x) citoyen(s) - souverain d’exprimer pleinement son choix politique, économique, social dans le cadre de la Nation. Qu’il soit membre de la majorité politique du moment, ou qu’il soit majoritaire, le citoyen a le droit et le devoir de participer.

Dossier et débats : Langue Française et langue Malagasy à l'école.

"Andrianiko ny teniko ny an'ny hafa feheziko
(je suis fier de ma première langue, et je maîtrise celle ou celles des autres)."
Cité par Liva Ran 

" Les cours de malagasy , outre l'écrit , l'oral , il y avait la poésie et les hainteny , antsa , kabary etc ... de plus de nombreux auteurs à l'instar de Rabearivelo nous ont laissés de la matière !
Pour ce qui est de l'histoire , nous avions un cours sur l'histoire de Madagascar chaque semaine en plus du programme d'histoire de la France et des gaulois.
 Pour la géographie , forcément nous étions emmenés à apprendre les différentes régions déjà en 4ème avec la géologie où nous avions là aussi matière avec ces richesses du sous sol malagasy ; quartz , mica , labradorite , etc...

Nous les avions en main quand ailleurs ils se contentaient de photos ! et chaque année , nous plantions des arbres ce qui outre le fait de nous sensibiliser à l'écologie bien avant que les écologistes n'existent et à connaitre nos forêts , nous apprenait les climats et les reliefs de notre île ! qui n'avait pas sa carte de madagascar en plastique pour tracer les contours des cartes à dessiner?"
Roland Rakotondrabe - débat sur le web"La malgachisation comme langue d'enseignement malgache dans nos différentes écoles ,de la maternelle à l'Université, n'est pas encore ,pour le moment une solution. Il faut d'abord qu'on instaure l'égalité de chance dans toutes les écoles et pour tous les élèves et Etudiants.

Je dis égalité de chances :
1° le nombre d'élève par enseignant soit équitable aussi bien au fin fond de brousse que dans les grandes villes ( 1 instituteur = 30 élèves maxi)
2°- la répartition des enseignants soit équitable (aussi bien au fin fond de brousse que dans les grandes villes)
3° qu'il n'y aura plus d'instituteurs fonctionnaire et instituteurs FRAM
4° de la classe de 6éme au terminale :qu'il n'y aura plus surnombre d'enseignants dans certains établissements et dans certaines villes ou région. Exemple dans des lycées de Tana ,il a des profs d'Anglais ,d'allemand..... alors que dans les lycées des province ,ça fait parti des rêves.
Nous allons d'abord résoudre ces cas pour mieux aborder la malgachisation. Et quel malgachisation ? ....Malgachisation des contenus des programmes et non une malgachisation en outrance surtout de la sixième au terminal. Je suis pour l'enseignement d'Anglais à partir du CE2 ; là encore il y a des conditions qu'on ne peut pas surmonter pour le moment.
A discuter..." Emile Rajaonarison - débat sur le web



Lu dans la presse :

"La francisation totale, un frein à l’éducation pour tous.

Il est désormais admis que la politique de francisation totale issue de l’aventure coloniale a été un frein à l’éducation pour tous. Le dysfonctionnement linguistique entre le milieu familial de l’enfant et l’école est tel que la scolarisation produit des élèves désorientés, sans fondement culturel. Valoriser les langues nationales en enseignant
mieux le français, tel est le but de l’éducation bilingue qui reste cependant encore expérimentale dans la plupart des pays.
Le Congo belge est le 1er pays africain à avoir ouvert des écoles bilingues, en 1922.
Une expérimentation d’écoles bilingues français-langue nationale a ainsi été conduite au Burkina Faso.

Le taux de succès des élèves des écoles bilingues après cinq ans de scolarité était de 94,59%, contre 73,73% pour les élèves des écoles classiques qui avaient six ans de scolarité (chiffres 2004). En prime, le taux de réussite des filles est plus élevé dans le système bilingue, 90,36% contre 65,36% dans le classique.

(...)

Le français n’est la langue maternelle d’une part importante de la population que dans un petit nombre de pays (France, Monaco, et dans une moindre mesure Belgique, Canada, Suisse). Aussi dans nombre d’États membres de la Francophonie, en Afrique particulièrement, le français cohabite-t-il avec les langues locales dont certaines peuvent être qualifiées, en raison de leur importance véhiculaire et/ou du nombre de leurs locuteurs, de nationales par les textes officiels.

Au Sénégal par exemple, selon la Constitution de 2001, la langue officielle est le français et «les langues nationales sont le diola, le malinké, le pular, le sérère, le soninké, le wolof et toute autre langue nationale qui sera codifiée».

À Sao Tome et Principe, la langue officielle est le portugais, les créoles santoméen et principéen sont langues nationales.

Au Cameroun, entre 200 et 300 langues ont été identifiées ; les principales langues véhiculaires sont le foulfouldé (peul), en usage au Nord, le béti et le bassa dans le Centre-sud, le boulou et le pidgin-english (créole d’anglais africanisé) dans l’Ouest et sur le littoral. On utilise aussi l’ewondo dans la région de Yaoundé et le douala sur la côte. Même si le français et l’anglais sont reconnus officiellement à égalité, la balance penche en faveur du français, d’autant que Yaoundé, la capitale politique, et Douala, la capitale économique, sont situées en zone francophone."

RFI - Article "Afrique francophone : guerre des langues ou cohabitation solidaire ?"
d'Ariane Poissonnier



                

La malgachisation en question : opinion ( http://infogasy.free.fr/pages/culture.htm)

L'EPISODE DE LA MALGACHISATION :

Le gâchis
(à situer entre 1978 et 1985)

Le " livre rouge " soulevait la question de la langue d'enseignement et apportait une réponse sans équivoque. Primauté devrait être donnée à la langue malgache. Même si Ratsiraka reconnaissait d'emblée que le français allait être " pendant longtemps encore " indispensable puisqu'elle sera la " fenêtre ouverte sur le monde de la civilisation technique ". Cette situation de bilinguisme forcé n'est que transitoire, et le plus rapidement possible, le " malgache commun " doit prendre le relais et sa primauté reconnue comme absolue.


LA MALGACHISATION, FER DE LANCE DE LA REVOLUTION SOCIALISTE

La malgachisation est une étape proclamée comme capitale dans les " impératifs de la Révolution ". Dès l'accession au pouvoir de Didier Ratsiraka, la machine à malgachiser se mit en marche. Selon les termes du livre rouge : " malgachiser signifie, harmoniser le contenu des méthodes d'enseignement avec les impératifs de la Révolution ". Une loi de 1978, portant cadre général du système d'éducation et de formation " met en places des commissions destinées à élaborer et à codifier le " malgache commun ", qui sera en réalité une sorte de synthèse entre le malgache " officiel " largement tiré du dialecte Merina, et des divers dialectes régionaux. Cette même loi stipulera que le français devait être désormais considéré comme une langue étrangère.
En pratique, cela se traduisit par :
- l'adoption immédiate du malgache comme langue d'enseignement dans le primaire étant précisé que le français sera dispensé quatre heures par semaines à partir de la deuxième année de scolarisation.
- Un programme de substitution progressive du malgache au français dans l'enseignement secondaire, programme devant déboucher, à terme , sur la malgachisation de l'enseignement à l'Université. De plus les cours de mathématiques, de physique, de chimie et de biologie devaient, dans les classes terminales, être données en français. La première promotion de bacheliers de ce moule " malgachisé " date de 1983.

CONTRE LA FRANCOPHONIE

Didier Ratsiraka écrivait dans son " livre rouge " : " nous sommes totalement opposés à ce mouvement dit " francophonie ", car il a des relents de paternalisme et de néocolonialisme que nous récusons ".
Cette affirmation est claire et sans équivoque, mais elle peut être analysé dans son contexte, plus global. Celui des lendemains de la décolonisation et des nouvelles formes de coopérations entre La France et ses anciennes colonies. Epoque pendant laquelle le discours anti-néocolonialiste battait son plein, et tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une ingérence étrangère était à bannir.
Outre ce " grand projet " de malgachisation, Madagascar quitte la Zone Franc pour couronner sa séparation d'avec la France. Hormis les rares Zanatany socialement reconnus comme tels, les français résidents et autres coopérants sont devenus indésirables. La Francophonie était alors perçu uniquement comme l'ultime manœuvres d' " impérialiste " pour continuer à dominer et à asservir les pays nouvellement indépendants. Une sorte de compensation, comme un palliatif au désir de soumettre, à un complexe de suprématie. L'utilisation de la langue est évidemment perçue par les tenants de la " révolution socialiste " comme une soumission idéologique, un restant de colonisation mentale. Il deviendrait alors difficile d'entamer le changement sans repartir sur des bases linguistiques nouvelles.

L'ECHEC DE LA NOUVELLE DOCTRINE CULTURELLE

Le doctrine culturelle, marxiste-léniniste, révolutionnaire, ne manquait pas de logique malgré le langage quelquefois suffisant et passionné ; cependant dans ce domaine comme dans tant d'autres, le succès n'a pas été au bout du " tunnel " des efforts.
Il est nécessaire de souligner que les causes de l'échec ne découlent pas du seul processus de malgachisation, même si celui-ci en est le plus important vecteur .
La démocratisation voulue de l'enseignement a entraîné, pendant plusieurs années, un laxisme regrettable concernant l'accès au secondaire , le passage d'une classe à l'autre, et enfin l'admission au baccalauréat. Faute de moyens adéquats en professeurs, locaux et matériels scolaires, la décentralisation a également contribué à perturber le déroulement normal des études et provoqué une chute importante de niveau. Selon certaines sources d'information, autour des années 1980, les examinateurs auraient pour consigne de se montrer plus coulants envers les élèves originaires de la Côte qu'envers ceux des Hauts Plateaux ( ! ? ! ).
Pour en revenir à la malgachisation, s'agissait-il seulement d'un accès de patriotisme, dû au fameux " complexe d'anciens colonisés " ? Ou d'un véritable projet culturel pensé et sensé ? On pourrait évidemment soutenir l'une ou l'autre des deux hypothèses, tout est question du camp choisi.
En tout cas, il nous apparaît assez clairement que la préférence de la langue nationale comme langue d'enseignement, à la lecture de la conclusion même de ce chapitre de la charte, est un choix plus idéologique que technique, plus passionné que réaliste.
Le tort des décideurs fût d'avoir privilégié le souci d'un " utopique " renouveau idéologique, voire psychosociale, au détriment de la formation de responsables compétents.

L'avenir ?

En 1982 Ratsiraka opère un de ces tournants idéologiques " mine de rien " dont il a le secret, en déclarant au Figaro : " je suis fier de parler français, d'avoir reçu une éducation en français. Je fais éduquer mes enfants en français. Et je considère, quoiqu'on en dise, que le français doit demeurer la seconde langue officielle de ce pays ".
Ceci dit, rappelons que c'est le Corps enseignant malgache qui dès 1980 tira la sonnette d'alarme, se rendant compte des inconvénients d'une malgachisation trop rapide.
Il faudra attendre la première vague de " bacheliers malgaches ", fin 1983, pour que le gouvernement s'émeuve et que les choses commencent à bouger.
Des tests de niveau avaient démontré à l'évidence que beaucoup d'étudiants étaient incapables de suivre utilement les cours, et les tentatives de recyclage en janvier 1984 ne pouvaient donner que des résultats limités.
Depuis, toute une série de mesures ont été prises : les heures de français à l'école ont doublé, et des cours intensifs seront organisés dans les centres universitaires.

Sur un plan plus général, il est intéressant de noter que depuis 1985, la radio nationale a mis en place une chaîne de langue française qui diffuse également des émissions de RFI, La télévision a un journal en langue française et 80% de ses émissions viennent de Paris.
Nous sommes déjà loin du " bilinguisme circonstanciel " du Livre rouge, qui consistait à proclamer le malgache comme langue officielle et d'enseignement, et que le français serait appelé à remplir une fonction transitoire, et devrait être relégué au rang d'une langue étrangère comme une autre.
Si nous sommes fatalement conduit à nous interroger sur les perspectives d'avenir de ce bilinguisme rénové, il serait hasardeux de vouloir donner une réponse définitive, si ce n'est que cet avenir dépendra essentiellement de l'état des relations franco-malgaches. Surtout qu'il ne faut pas oublier qu'actuellement, l' " anglophonie " fait des yeux doux au " marché linguistique " malgache. Divers instituts et autres " cours de langues " étrangères font leur apparition ici et là.
Toujours est-il que les idées et les hommes changent. Madagascar, avec son " éternel " président, ne manque plus aucun des sommets de la francophonie, et la cerise sur le gâteau fut l'organisation en Août 1997 des IIIèmes jeux de la Francophonie.

Ce qui nous laisse apparaître une réelle volonté du régime de renouer, si ce n'est avec son " passé ", du moins avec cette langue qui fût autrefois celle de la " mère patrie ".
Enfin, si Madagascar n'a jamais connu ce que c'était véritablement le socialisme, il fût sans aucun doute l'un des plus grands laboratoires où l'on expérimentait les recettes léninistes notamment en matière de politique de l'enseignement.


                                                  Opinions du web , Février 2014:
Sur le sujet alors lancé, plusieurs appréciations se sont portées sur cette question cruciale de l'enseignement à Madagascar.
le principal trait qui en est sorti, sera celui qui demandera avant tout une égalité des chances plus qu'une orientation brutale vers une langue ou l'autre, les intervenants de plusieurs générations ayant manifesté chacun leurs vécus.

RR-
"la malgachisation en 1972 a certainement fait plus de dégâts ! en 1972 , les élèves à Madagascar passaient des diplômes équivalents à ceux de France ; combien d'élèves venaient de La Réunion ou même de France ? combien ont passés leurs bacs reconnus en France ? le taux d'alphabétisation et de scolarité était nettement plus important avant 1972 ! Nous à notre époque ( avant 72 ) , on était dans des lycées "normaux " où se côtoyaient malagasy et Français ou indiens ou comoriens pour étudier dans la langue française ! et aujourd'hui pourquoi quelques élites se bousculent pour obtenir des places en école française ou lycée français ? et ceux qui parlent de rejeter la francisation , n'ont ils pas été eux mêmes dans ces lycées français ? encore un repli sur soi même qui ne mènera à rien ! ...

-moi , avant 72 , je prends mon cas personnel j'ai étudié au lycée à Tananarive pendant dix ans avec des cours tout en français et j'en suis heureux ; par la même occasion j'ai eu la possibilité d'opter pour la langue malagasy en 2ème langue , ce qui m'a bien rendu service ! alors quand ils ont commencé à vouloir traduire les mathématiques en malagasy quelle rigolade ! personne ne comprenait rien ! à la Réunion , ils font depuis quelques années , des pieds et des mains pour que le "kréol" fasse son entrée à l'école ! mais le souci c'est que ce ne sont pas des créoles qui le demandent mais des "zoreils" (entendez Français de France ) ! bizarre non ?

-J'ai grandi les dix premières années de ma vie à Marseille où je suis né ; ma langue maternelle est le français et en arrivant à Tana à l'âge de dix ans j'ai appris le malgache , écrit parlé lu ! et aujourd'hui je traduis des textes du malagasy au français pour des étudiants parfois ; récemment une jeune belge a rendu un mémoire sur les hira gasy que j'ai traduit pour elle , alors me dire que j'oublie l'art du Hainteny ou du hira gasy ... de toute façon aujourd'hui que le malagasy est la langue d'enseignement , je vous garantis que la majorité des élèves malagasy ne connaissent même pas leur histoire et pour couronner le tout parlent le français comme des vaches espagnoles !
Personne ne m'a obligé à l'époque ; je l'ai voulu moi même dès l'entrée en sixième et sur une fratrie de huit enfants je suis le seul à l'avoir fait donc le seul à maitriser à ce point la langue malagasy ! mon père en était fier et mes ainés aussi d'ailleurs qui me demandent encore aujourd'hui de les aider quand ils veulent traduire des choses ...

Les "évolués" des années 60 ne l'ont été que parce que justement il y a eu un coup d'arrêt sur l'enseignement en langue française à partir de 75 ; du coup ceux qui maitrisaient le français ( et Dieu sait si les jeunes malgaches maitrisaient le français dans les années 60 ) devenaient des interlocuteurs privilégiés pour des entreprises ou des gouvernements étrangers parce qu'eux pouvaient comprendre et se faire comprendre , c'est aussi simple que ça ! et les autres ( ceux qui ne parlaient que malagasy merina ou côtier peu importe ) étaient considérés comme des indigènes analphabètes, et donc sans intérêt autre que de les utiliser comme main d'œuvre ouvrière.

TM-
"Je veux bien qu'on m'enseigne avec ma langue maternelle, celle de l'ethnie anteva, et on verra bien qui va rigoler moins. De la classe primaire au Terminal (12 années durant), on a surfé dans la malgachisation - une nette tendance vers la langue de l'ethnie Merina - la plus totale. Une fois arrivé à l'université, toutes les matières étaient en français....résultat: échec cuisant. Pourrais-je donc dire que si la malgachisation a été faite en langue sakalava, ou bara, ou encore antemoro, on se serait plus intelligent? Je constate au contraire que c'est la "francisation" de l'enseignement qui a permis à ces "bandes d'évolués des années 60" de nous domestiquer à ce point, et de la génération post-90 de ne pas sombrer trop profond dans l'ignorance la plus totale car elle leur a permis de tenir la cadence de l'enseignement supérieur. Apprendre les "tsofoka", "tovona" "tovana", "matoanteny" etc...n'étaient pas mal mais à l'époque je ne comprenais rien mais les ai appris par cœur pour avoir des bonnes notes. En ce moment, cette langue m'est plus ou moins utile pour abrutir les gens dans la politique mais complètement inutile pour expliquer aux ouvriers paysagistes de l'Est comment cultiver mieux la rizière. Je me dois de parler en langue locale, ma langue maternelle."



Erika Cologon Hajaji
un débat ouvert sur le poids que doit prendre une langue importée de l'histoire en rapport avec les langues premières.
Non une question de nier que il est bon de parler le français, ou l'anglais, voire même l'Espagnol en seconde langue maîtrisée, mais là la posture de dire que une "autre" langue ne doit pas venir effacer la langue maternelle et culturelle.
De mettre en évidence l'errance que peut générer la domination d'une langue sur une autre, l'urgence de considérer que l'une ne doit pas chasser l'autre, pour que l'origine, la source, soit respectée, honorée, préservée, et que l'autre langue le soit tout autant mais avec intelligence et prudence.si l'art du kabary est si important dans la veine malagasy, comment feront alors ceux qui n'ont pas pensé à cultiver, planter encore, semer et redire les arts oratoires en langue d'origine, comment feront-ils si ils s'éloignent de la langue Malagasy qui est une langue exigeante quand elle se travaille.
Nous restons dans "pour savoir où tu vas, tu dois savoir d'où tu viens" et que cela devienne une force, car de toutes évidences, parler le wolof et le français, puis l'anglais est plus une force.Je regrette énormément que nous ayons appris le Malagasy dans la rue, j'aurais vraiment voulu que la règle veuille que chacun des enfants zanatany, vazaha ou non parlent la langue locale.
C'est un facteur essentiel d'intégration et un ciment sans égal entre les peuples, peu importe leurs origines ou autres caractéristiques.
C'est un liant intense qui brise plus efficacement les frontières.

La question n'est pas de se jeter sur l'enseignement du français, n'oublie pas que ta génération maîtrise certainement mieux et le malagasy et le français comparativement à nos jours.
Les Bretons refusent d'abandonner leurs langues et les petits doivent savoir la parler et l'écrire également pour faire survivre la culture et la tradition, d'autres régions se bataillent aussi pour ne pas être lissées dans un "TOUT" qui mérite pourtant de faire attention à chacun... Je pense qu'il faudrait faire une "alliance malagasy" qui regrouperait les langages du Nord au sud, une spécification sur l'éveil des traditions/cultures, avec des cours et des espaces de découverte et d'échanges.
Aujourd'hui on ne peut pas se contenter de vivre sans savoir, en créant des scissions inter ethniques ou des postulats figés et non justifiés.
Nous grandissons en perdant son "soi" en se méconnaissant soi-même de plus en plus, en cherchant peut-être à se découvrir ailleurs, ce qui est d'une grande intelligence (de se chercher en l'autre) mais tout le monde "sait" que si on ne se connait pas soi même, alors rien d'autre n'ira plus loin.


-EM
"Enseigner (prof),étudier (élèves,étudiants) en langue maternelle est un honneur . Mais si on l'utilise comme un moyen non éducatif mais de séparer les pauvres avec les riches, je dis non. En 1975-1976 on avait commencé la malgachisation totale ( en primaire et secondaire ). Où étaient partis les enfants des riches...? Ecole privées qui enseigne en français, Lycée Français et en France ,en Allemagne, en Angleterre..... pour les plus riches et enfants des Hauts Fonctionnaire. Quant au partage des postes de Direction on n'attribue qu'aux diplômés de ces pays. Conclusion : les victimes sont les enfants des pauvres.A Madagascar , nous avons fait cette expérience 1976 - 1985 (si je ne trompe pas ). Quel en est le résultat : les enfants riches ,écoles enseignement français ou lycée français ;enfants de la population : écoles de brousses avec 1 instituteur 45 élèves. Quant au distribution des postes de direction aux diplômés en français ,Anglais ,Etats-Unis ,Allemands ...... les ouvriers aux diplômé en malgache.

-RFK F
"pourtant, il faut arrêter de voir le monde par sa fenêtre. Il ne faut pas oublier que dans les campagnes, la langue française n est entendu qu'en classe, alors qu'ils doivent tout apprendre de cette langue. ceci étant, je suis tout a fait d accord avec Mr Emile (qui sans aucun doute est l un des mieux placés pour commenter le système éducatif, mes salutations Mr Emile). Je trouve qu'en parallèle avec le bilinguisme, il faudrait également faire des langues (malagasy, français, anglais) des matières..."

-VZ
"A mon sens, il faut que le diplôme Malagasy soit équivalent aux diplômes à l'étranger (France, Angleterre ou Etats Unis par exemple) donc de donner une même instruction ou équivalente aux enfants Malagasy en francais et en anglais. Juste ajouter des matières bien "gasy" comme le malagasy parlé et écrit, le kabary, la culture et aussi l'histoire et la géographie de Madagascar. Le programme sera certainemen,t plus lourds que ceux des français,anglais ou americains, mais de toutes les façons les élèves gasy font généralement plus de 40h par semaine alors!!!"


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